Une Batarde

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Ou comment faire tomber un espagnol…

Grâce à mon expérience redoutable d’expatriée au pays du jamón ibérico et ce merveilleux guide de la chope transpyrénéene, tu vas emballer de l’espagnol à t’en décongeler le gazpacho ! Vamos !

Quand je suis arrivée à Barcelone, je m’attendais à tout quant aux clichés que j’allais me prendre en pleine poire par ceux qui croiseraient ma route de française exilée.

Aussi, j’ai fini par réfléchir à comment j’allais bien pouvoir réagir chaque fois qu’on me dirait que je suis une grosse faignasse en grève la moitié de son temps, que je me déplace une baguette de pain sous le bras et me nourris exclusivement de Fleury Michon, que je ne suis pas très accueillante avec ceux qui ne mangent pas de Fleury Michon, que je m’habille comme le mime Marceau, que les premières Dame de France sont plutôt bonnasses, que je fouette grave le camembert et enfin que je roule de grosses galoches pour dire bonjour.

Mais, à mon grand étonnement, je n’ai (presque) jamais eu à piocher parmi les supers répliques que j’avais préparé. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les espagnols ont bien compris qu’en France, il n’y a pas que la grève (mais aussi les vacances), que la mode ne s’est pas arrêtée en 1940 et qu’avant Carla Bruni, bah il y avait Bernadette.

En revanche, ce à quoi j’ai eu droit 100% de mon temps est un autre cliché auquel je n’avais pas vraiment pensé : le français, c’est la langue de l’amouuuuuur. Et croyez-moi, quand Javier Bardem te regarde avec sa fougue congénitale et te dit en roulant allègrement des « r » que ta langue est plus romantique que la sienne, il y a comme un léger bug dans la matrice.

J’ai donc tenté de découvrir pourquoi chaque fois que j’ouvrais la bouche en français un torrent fiévreux se répandait autour de moi. J’ai conscience de ma beauté naturelle et de mon corps à tomber par terre mais tout de même… Et j’ai vite compris qu’en fait il ne s’agissait pas vraiment d’amour, mais tout simplement de foutre.

Outre la fameuse question qui commence par « Voulez-vous… » et se termine par « avec moi », j’ai également eu droit à de nombreuses petites piqûres de rappel sur le pourquoi du comment. Entre mai 68, mini-jupe ; Moulin Rouge ; Brigitte Bardot, Saint-tropez et topless, j’avais plus que l’embarras du choix parmi ces nombreux arguments, qui plus est servis sur un joli plateau bleu blanc rouge (plus rouge que bleu et blanc, curieusement).

Pour résumer : je suis française donc j’aime être à poil, m’envoyer en l’air, quitichiquitchi ayayaya etc. Ce à quoi j’aurais pu répondre que j’ai beau être française, je sais aussi dire « je t’aime…». Mais la suite en a plus dans la culotte que dans les idées : « …moi non plus ». Merci Serge !

D’ailleurs, celui que les espagnols qualifient de el feo más seductor (en quelques sortes « le plus séducteur de tous les laids ») aurait, à leurs yeux, enfin trouvé un successeur : Benjamin Biolay – un peu moins « feo » quand même mais, toujours selon eux, ultrasexuel. (Avec Bardot, Deneuve et Gréco, excusez-moi mais Serge a quand même une longueur d’avance…).

Bref, toujours est-il qu’entre celui qui va et vient entre les reins de tout Paris et son fils allégorique, il y a aussi Etienne Daho, Sacha Distel, Aznavour… Autant d’artistes qui font littéralement fantasmer les hispaniques et qui ne manquent pas de faire de l’ombre à la pop anglo-saxonne. (Ce qui est sûr, c’est qu’ils n’ont pas écouté Claude François, mais je vous rassure : depuis que j’y ai mis les pieds ce tort est désormais réparé).

Un goût prononcé pour la chanson française donc qui s’est récemment confirmé lorsque je suis tombée sur un article parut dans un Glamour ES faisant l’apologie de la langue française – c’est le moment où je cale discréto que, ouais, je lis la presse espagnole. (Ok j’exagère un peu sur le mot « presse »).

L’auteur prenait en exemple une citation de Victor Hugo qui dit :

« El inglés es ideal para hablar de negocios, el alemán se hizo para las ciencias, el francés es el lenguaje del amor ».

Certes, sauf que ce cher journaliste a (volontairement) omis la fin de la citation qui se conclut ainsi : « …el francés es el lenguaje del amor y el español. Ah, el español, es el idioma para hablar con Dios… * ».

* L’anglais est idéal pour parler des affaires, l’allemand a été créé pour les sciences, le français est le langage de l’amour et l’espagnol. Ah, l’espagnol, c’est la langue pour parler avec Dieu…

Conclusion : tous ceux et celles qui souhaitent conclure au pays de Cervantes, ne commettez pas l’erreur de mettre un vinyle de Julio Iglesias ou votre cible prendra la poudre d’escampette. Surtout si vous lui dîtes que, d’une certaine façon, Julio communique avec le Seigneur. Un bon Françoise Hardy, un petit topo sur la Provence et le tour est joué !

De nada 😉