Une Batarde

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Lettre ouverte aux hommes barbus

homme barbuToi qui fait la guerre au rasoir depuis que Gillette a réuni Thierry Henry, Tiger Woods et Roger Federer dans le même bunker, toi auprès de qui l’homme imberbe a tout comme l’air d’avoir encore ses dents de lait, toi qui a ressuscité le plus bel argument de Neandertal… Bref, toi homme barbu : je souhaiterais te dire un mot !

Il fut un temps où, bien trop préoccupée par la peau lisse, polie et lustrée de Jack Dawson, je ne me serais peut-être pas retournée sur toi dans la rue. Il faut dire qu’à première vue, ta toison généreuse aurait pu avoir ce je-ne-sais-quoi de véridique sur ta personnalité : tu as la flemme de te raser le matin. Et ça, c’est rédhibitoire.

Deuxièmement, elle aurait pu laisser peu de chance sur les perspectives de carrière qui se sont offertes à toi : routier, garde-chasse, chercheur-fou, développeur web et autres activités tellement philanthropes que tu as naturellement laissé germer ce petit pelage poivre et sel.

Enfin, on ne sait JAMAIS ce qu’il peut y avoir dans une barbe. Et franchement, je préfère que tu me racontes tout simplement ta journée plutôt que de le découvrir dans ta barbe.

Mais les années sont passées et un jour, je me retourne enfin sur toi, homme à pilosité faciale. Comment a-tu pu passer du statut de geek/bourru/ermite-esseulé à celui d’homme viril, délicieusement agressif et socialement mature ? Et bien justement, entre ces deux mondes, il n’y a parfois qu’un pas :

hello

Aujourd’hui, il est inconcevable pour moi d’imaginer un homme imberbe. Pire encore : un homme qui s’épile. C’est complètement flippant ! Sérieusement, qui est la femme dans le couple ? Et surtout, qui a envie de copuler avec un marmot ? Le poil, c’est la preuve vivante qu’il y a de la testostérone dans ce corps ! C’est un signal sexuel et libidinal, ça veut dire : je vais prendre soin de toi bébé…

Evidemment, je ne parle pas de toi, le hipster, qui utilise la barbe pour faire comprendre à ton entourage que tu regardes des films d’auteur. Rasoir. (Je me suis retenue pour « barbant »). Ni de toi, le moustachu : on ne sait jamais ce que tu congèles dans ton sous-sol.

Mais je parle bien de toi qui, selon la Sainte Trinité de la pilosité, es l’homme de la situation. C’est-à-dire un parfait dosage entre le rasé de près et la barbe de trois jours. Une jolie toison bien fournie, mais pas non plus une moquette qui laisse trois couches de poils dans la baignoire.

Tu es donc devenu cet homme désirable avec du poil au menton. Une sorte de conquistador des temps modernes, de mercenaire ardent et sensible, le baroudeur romantique qui allait assiéger mon étoffe de franc-tireuse, le truand qui allait prendre mon cœur en rançon. Oui, tout ça pour un homme avec du poil au menton.

Et j’ai découvert que se balader à tes bras, homme intrépide et de bravoure à qui je pourrais confier ma vie, avait quelque chose de terriblement enivrant ! Outre le fait que j’ai l’aubaine d’être encore fraîche et juvénile, tu parais de ton côté un peu plus vieux que ton âge réel… Ce qui ne fait pas de toi un détraqué sexuel et de moi une traînée, mais bien une sacrée paire de chanceux !

C’est vrai, il arrive parfois qu’avec ton piège biochimique et pubescent tu te laisses un peu aller. Taillée, un peu ébouriffée, carrément épaisse… Jusqu’à ce que « TU PIQUES ! » définitivement et que Wilkinson et Bic ne soient plus vraiment négociables.

Mais ta barbe a bien plus de choses à dire qu’elle n’y paraît, notamment que sous ta carapace de pur-sang se cache quelqu’un d’autre… Car quand ça ne va pas, c’est pas cool d’être tout nu du visage. Et c’est là que les poils deviennent un peu comme le baromètre de tes émotions ! Un coup dur ? Une tuile ? Madrid qui gagne ? Et re-voilà ta barbe, dressée comme un rempart.

Et moi j’aime quand, dans ces moments-là, je suis la seule à pouvoir passer de l’autre côté…