Une Batarde

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Les pétasses selon Le Petit Larousse

Cher ami lecteur, si tu me lis depuis longtemps tu as sans doute remarqué que j’affectionnais tout particulièrement notre bien aimé argot français et que je ne lésinais pas sur les expressions triviales qu’offre ce cher patois. Si, au contraire, tu viens juste de tomber entre mes filets, tu ne tarderas pas à le remarquer.

Cet amour des mots a toujours existé, mais le sortilège s’est véritablement opéré avec un dictionnaire des synonymes. Oui, je crois que c’est là que tout a commencé. Ce cher dictionnaire, qui croupit désormais dans les tréfonds d’un carton, m’a offert bien des surprises. Mais rien de comparable au jour où je suis tombée sur le synonyme de « pétasse ».

Oui, « pétasse » apparaît bien dans l’édition de poche du Petit Larousse. Page 518. Et son synonyme est…devinez lequel ? Je ne vous fais pas attendre plus longtemps. Dans cet « Ouvrage couronné par l’Académie Française », le synonyme de « pétasse »…c’est « femme ».

Oui « femme » tel quel, de but en blanc, comme ça, sans préliminaire ni lubrifiant. Enfin presque, puisque si l’on fait attention, il y a un petit « v » devant qui indique en fait la définition à consulter pour obtenir une liste de synonymes plus détaillée. Autrement dit : « pour trouver les synonymes de ‘pétasse’, rendez-vous quelques pages avant, à la définition de ‘femme’ ». Ce qui revient au même vous êtes d’accord !

Si le monde s’était accordé à suivre à la lettre les conseils du Petit Larousse, rien ne serait pareil aujourd’hui ! Avec « Où sont les pétasses ? » la carrière de Patrick Juvet n’aurait jamais décollé ! A cause d’« Une pétasse avec une pétasse », Mecano ne serait jamais allié à la cause du mariage pour tous et Julien Clerc, avec « Pétasse, je vous aime », aurait épousé Frigide Barjot.

Nabilla

Je vous rassure tout de suite, je ne suis ni féministe, ni lesbienne, ni poilue. Je suis juste intriguée par le « guide qui permet d’employer le mot juste ou la bonne expression, à sa juste place », celui « régulièrement mis à jour pour parler ou écrire en toutes circonstances un Français adapté et élégant », tel qu’il le prétend lui-même sur sa quatrième de couverture.

Vous me connaissez, je suis justement toujours en quête du « mot juste », surtout lorsqu’il s’agit de pétasse. Et puisque je cherche désormais son synonyme, je me rends donc à la page correspondante – comme me le suggère ce cher Petit Larousse – jeter un oeil à ce que les académiciens pensent de « femme ».

Et là je découvre stupéfaite que « femme » n’a pas de synonyme lorsqu’il s’agit de sa « valeur générique » : en d’autres termes le statut de la femme dans la société. En revanche, lorsqu’il s’agit d’une « épouse », par exemple, Larousse propose « moitié ».

MISE EN SITUATION : Mme Michu se rend sur le lieu de travail de son mari et s’adresse à l’hôtesse d’accueil, qui lui demande :

-Vous êtes ?

– La moitié du responsable commercial.

– Qui puis-je pour vous ?

– Bah, je cherche l’autre partie !

De la minette à la femme de chambre

Poursuivons. Pour désigner une femme qui n’est pas notre épouse et dont on apprécie la compagnie, exemple : « j’aime la compagnie de cette femme », Le Petit Larousse suggère « nana ; minette et nenette ». En revanche, lorsqu’il s’agit d’une « dame » ou d’une « femme mûre », Le Petit Larousse propose « bonne femme ». On récapépète : une femme sympathique et agréable dont on apprécie la compagnie est une minette. Avec quelques années en plus, elle devient une « bonne femme ». Bon j’avoue Le Petit Larousse n’a pas si tort que ça…

D’ailleurs, il n’oublie pas de préciser que « bonne femme » est « souvent péjoratif ». Oui oui, « souvent ». Le reste du temps c’est donc un compliment.

Allons plus loin. « poupée » et « souris » (nous sommes toujours dans les synonymes de « femme » hein) « renvoient le plus souvent à la femme-objet ». (Si la souris est une femme-objet alors le plus offrant s’appelle Disney).

Quelques lignes après, Le Petit Larousse évoque le statut des femmes dans nos sociétés et, cette fois-ci, déclare prendre ses distances quant aux synonymes reportés par la suite. TU M’ETONNES :

« grognasse, pétasse, poufiasse » et mon favori : « rombière, en parlant d’une grosse femme peu agréable ». Je suis curieuse dans ce cas de savoir comment Le Petit Larousse appelle les grosses femmes pas agréables du tout. Je continue : « grande bringue, échalas, sauterelle, grande perche, en parlant d’une femme ou d’une fille grande et maigre ». Puis « boudin, en parlant d’une femme petite et grosse », « dragon, gendarme, en parlant d’une femme autoritaire et bourrue » (c’est vrai que ça court les rues « dragons ») ! Et enfin, toutes proches, « prostituée » et « femme de ménage, de chambre » – la seconde effaçant les traces de la première.

Les hommes qui n’ont pas de couilles au cul

Evidemment, face à une telle richesse sémantique pour désigner la « femme », je me rends illico page 359 consulter les synonymes de « homme », impatiente de voir ce que je vais y trouver. Première suggestion du Petit Larousse pour remplacer « homme » : « humanité ». Et oui, la femme en tant qu’épouse est une « moitié » alors que l’homme est « l’humanité » toute entière, c’est bien connu. Mais ce que j’aime le plus, ce sont les exemples : « Tout homme a besoin de tendresse ». Ah oui, de la part d’un boudin ou d’une rombière ?

Puis, là où nous avions « souris » et « poupée » nous retrouvons « individu », « personne », puis « se faire homme, s’incarner ». Oui, pendant que nous, grognasses, gendarmes et sauterelles faisons chier le monde et sommes jugées sur notre aspect, les hommes s’incarnent et brillent en société. Enfin pas tous, puisque « d’un homme faible et sans courage, on dit que c’est une femmelette ». Ah tiens ! Mais évidemment ce ne serait pas aussi beau si ces chers académiciens n’avaient pas explicité quelques mots plus loin, au cas où on aurait pas compris : « en alliant l’idée de faiblesse à celle de déficience sexuelle (…) Qu’il n’a pas de couilles au cul » en somme.

J’ai une question : qui exactement a des couilles AU CUL ?

Enfin, là où nous avions « femme de ménage, de chambre », nous retrouvons « homme de lettres, de plume », « homme de troupe » et « homme d’église ». Je m’en vais donc faire un tour dans les « m », voir ce que Le Petit Larousse pense de la misogynie. Bah rien justement, puisque le mot n’y figure pas…