Une Batarde

Catégorie de l'article :

J’ai testé pour vous… l’Auberge espagnole !

auberge espagnoleEn mettant les voiles pour Barcelone, j’étais bien décidée à me faire un trip à la Cédric Klapish. Je savais que j’avais peu de chances de tomber sur un Romain Duris en chair et en os, néanmoins j’étais sûre à 100% que la capitale de la Catalogne m’offrirait de nombreuses perspectives en termes de colocation et tout ce qui va avec. Et je ne me suis pas trompée : un mois après, je vivais avec une Roumaine qui mange des patates douces, un artiste péruvien qui aime un peu trop la fête, une Italienne que je ne connais pas, une Irlandaise avec de la barbe et un Français avec qui je peux parler de tout ça !

J’ai donc posé mes valises dans un appartement de 70 mètres carrés entre le quartier du Gotico et celui de Barceloneta. Un vrai appartement barcelonais avec des vieux carreaux au sol qui prennent la poussière, des fenêtres immenses qui se ferment à moitié, une cour intérieure où on entend les voisins rigoler, des poutres au plafond et un poste de radio qui tourne H24 dans la cuisine. Et j’oubliais l’essentiel : des colocataires qui ne parlent pas un seul mot de français. Ou presque.

Qui dit colocataires dit tout l’attirail qui va avec : à savoir un frigo qui tombe en ruine avec chacun son étagère, des souvenirs de soirées agrafés à la porte d’entrée, un verre qui croule sous le poids de toutes les brosses à dents hirsutes, un planning du ménage à faire – plus actualisé depuis trois semaines – un poisson qui doit bien se marrer et une cuvette de chiottes en permanence relevée – parce que le masculin l’emporte systématiquement sur le féminin.

Quand j’ai poussé la porte d’entrée pour la première fois, j’ai pensé : voilà, c’est tout ce qu’il me fallait.

Au début, c’était quand même pas évident de communiquer avec des Espagnols, surtout quand le castillan est à ton cortex cérébral ce que le foot est à Vincent Mc Doom. Ca peut, parfois, être source de quiproquos. C’est comme ça, par exemple, que j’ai dit à mon coloc péruvien un peu chaud biquet que les 20 euros que je lui devais étaient dans son lit, au lieu de dire qu’ils étaient dans sa chambre. Et lui de me regarder : « En mi cama ? Pariiiiis, chériiiiie, Takata ! ». C’est ça…

Mais grâce à ce même coloc péruvien, j’apprends plein de mots que je n’aurais jamais appris en temps normal, notamment parce qu’il me raconte ses trips chaque fois qu’il revient de soirée, complètement perché. Maintenant je sais comment on dit « queues de dinosaure » et « oreilles d’éléphants », par exemple. On sait jamais chez qui je postule, cela pourra toujours être utile.

J’ai pas l’air comme ça, mais je vais te défoncer l’oesophage ! Hinhin !

C’est aussi grâce à lui que j’ai découvert l’Ají de gallina, mets traditionnel de la cuisine péruvienne. En vrai, c’est du poulet au piment – j’ai cru qu’il voulait m’empoisonner la première fois, mais en fait l’impression que tes amygdales sont en train de vivre leurs derniers instants est tout à fait normale. « Mmmmh bueno, super bueno ! ».

Et parce qu’il est en couple avec Maria – une Italienne aux antipodes de ses origines : blonde, avec des petits seins et un sale caractère, ah non ça c’est normal – j’ai aussi découvert l’art de se disputer en plusieurs langues. « – Tontopollas! – Testa di cazzo ! ». La vie, la vraie !

Je comprends mieux pourquoi Clelia, la roumaine fan d’astrologie selon qui ma vie sentimentale est vouée à un véritable échec parce que je sors avec un capricorne, a plié bagage. Avoir la chambre à côté de celle d’Ivan – le péruvien – c’est élire domicile sur le périph parisien.

Les premiers temps, je me sentais donc un peu neuhneuh avec la langue de Salvador Dali… Mais c’était sans compter sur l’arrivée de Karen dans la coloc : une irlandaise à forte pilosité faciale dont l’accent te ferait passer n’importe quelle phrase espagnole pour de l’allemand, incroyable ! « Hola chicos, qué teul ? ».

Avec Nicho, le deuxième coloc français, on passe notre temps à déchiffrer la langue de Karen et à se demander comment les Irlandais se nourrissent puisqu’elle est la seule à ne pas utiliser l’étagère de son frigo – enfin, tout ça quand on n’est pas en train de se cuisiner des steaks à tue-tête sur les Doors en pleine nuit parce qu’on a les crocs.

C’est rassurant d’avoir un Français avec soi – je me sens moins seule quand j’entends du Joe Dassin ou quand j’ai des envies de fromton. Il est un peu comme ma maison dans ma maison loin de ma maison. Oui je sais, c’est compliqué. Finalement, c’est un peu lui mon Romain Duris ! D’ailleurs, quand il va rentrer chez lui en décembre et que j’attendrai seule que les Mayas accomplissent leur prophétie, qui me donnera mon pimiento ? ;)

Mais bon ça a aussi des inconvénients. Par exemple, je ne peux pas me disputer sur Skype parce qu’il va tout comprendre.

En parlant de Skype, quand t’es à 1 000 km de chez toi et que c’est le seul moyen que tu as de garder contact avec tes proches, tu te retrouves dans des situations bien comiques. Quoi qu’il en soit, même quand tu dois switcher avec le clavier pour ne pas qu’on t’entende, que ton coloc rentre et que tu te retrouves avec une tête de 3615 Ulla, tu dois rester digne.